Fleuves de France


Bresle

Région: Haute-Normandie et Picardie
Départements: Oise - Somme - Seine-Maritime
Source: Abancourt
Longueur: 72 kilomètres
Estuaire: Le Tréport
Mer: Manche

La Bresle est un fleuve côtier du nord-ouest de la France se jetant dans la Manche au Tréport sur la Côte d’Albâtre.
La Bresle servit de frontière naturelle entre des entités politiques puissantes et antagonistes. Aujourd’hui, sa vallée verdoyante, moitié normande, moitié picarde, piquetée d’étangs, conserve une tradition verrière, remontant au Moyen Âge, qui en fait le premier pôle mondial du flaconnage de luxe.
Sa vallée verdoyante, moitié normande, moitié picarde, piquetée d’étangs, conserve une tradition verrière, remontant au Moyen Âge, qui en fait le premier pôle mondial du flaconnage de luxe. La présence de nombreuses entreprises implantées dans les petites villes ou villages qui s’égrènent le long de ses rives n’a pas compromis un environnement riche d’espèces animales et végétales.
Sa vallée, encaissée dans la craie, dissymétrique, à fond plat, est, en aval, parsemée d’étangs et de marais. Après avoir reçu les eaux de la Vimeuse à Gamaches, le fleuve se ramifie en de nombreux bras (la Teinturerie et la Busine à Eu) avant qu’une partie de son cours ne soit canalisé entre Eu et Le Tréport.
La Bresle canalisée entre Eu et le Tréport.
La vallée (lit mineur et lit majeur du fleuve) ainsi que les côteaux offrent une grande diversité floristique avec la présence de beaux peuplements d’orchidées et de genévriers (Juniperus communis) sur les pelouses crayeuses ainsi que de belles hêtraies appelées hêtraies de l’asperulo-fagetum. Outre la présence d’espèces communes (Sanglier, Cerf) et du Chat sauvage dans la haute vallée, le lieu abrite des mammifères plus rares, tout particulièrement quatre espèces de chauve-souris : le Grand murin, le Grand rhinolophe, le Vespertilion à oreilles échancrées et le Vespertilion de Bechstein et quatre espèces de libellules menacées (tout particulièrement l’Agrion de Mercure ou Coenagrion mercuriale) que l’on ne retrouve dans nul autre endroit au nord de la France). En automne et en hiver, quelques étangs abritent des stationnements importants de quelques oiseaux : Grèbe castagneux, Grèbe huppé et Foulque macroule en particulier.
Entre ces deux dernières villes, la Bresle coule dans une large vallée herbeuse, large d’un kilomètre, encadrée de versants raides de 100 mètres de dénivellation, boisés et entaillés par des vallons secs. Cette vallée porte les traces de l’ancien cours du fleuve qui se jetait à Mers-les-Bains jusqu’au Moyen Âge (son ancien estuaire forme aujourd’hui la « Prairie » sur laquelle est édifiée une majeure partie de cette petite ville du département de la Somme). Au XIIe siècle, le détournement des eaux de la Bresle, qui procède plus de la rectification du cours du fleuve que du creusement d’un canal, amena son embouchure au Tréport.
Les eaux poissonneuses de la Bresle, classée cours d’eau de première catégorie dans son intégralité, voient remonter saumons atlantiques et truites de mer en grand nombre.

Le patrimoine de la vallée, héritage d’une longue occupation humaine.
D’Aumale à la mer, la vallée de la Bresle garde de nombreux témoignages patrimoniaux de sa longue occupation par les hommes attirés par les facilités de communication, la présence d’un cours d’eau au débit régulier.
-Près de Blangy-sur-Bresle, des productions du néolithique, retrouvées sur le mamelon de Campigny, ont laissé leur nom à une industrie de cette période: le « campignien ».
-La période gallo-romaine est présente avec les ruines d’une grande villa, véritable palais rural, découverte grâce à la prospection aérienne près de Vieux-Rouen-sur-Bresle25 et surtout le site archéologique de Bois-l’abbé près de la ville d’Eu. Sur un espace couvrant plusieurs dizaines d’hectares, à deux kilomètres au sud de la cité, s’étendent les vestiges d’une agglomération, Augusta ambianorum, occupée du milieu du Ier siècle à la fin du IVe siècle, dont les fonctions sont encore mal établies, chef-lieu de pagus des Catuslogi et/ou ville-sanctuaire oubliée. Les fouilles ont permis de dégager plusieurs temples, des thermes publics (dont un établissement destiné uniquement aux femmes), un théâtre pouvant accueillir 5 000 spectateurs.
-Le Moyen Âge, à partir du traité de Saint-Clair-sur-Epte, signé en 911, qui scella la naissance du duché de Normandie, vit l’érection de nombreux châteaux et églises. La fonction frontalière du fleuve fit que l’on confia les territoires couvrant la vallée et les plateaux la bordant à de puissants personnages qui laissèrent leur empreinte à travers de multiples constructions. L’édifice préservé le plus important de cette période est la collégiale Notre-Dame et Saint-Laurent d’Eu. Édifiée entre 1186 et 1280 en l’honneur de Saint-Laurent O’Tool, archevêque de Dublin, mort au monastère de la ville en 1181, cette église présente un des premiers types de l’art gothique normand au XIIIe siècle. Capitale du comté éponyme, créé en 996, la ville d’Eu fut le lieu du mariage de Guillaume le Conquérant et de Mathilde de Flandres célébré en son château vers 105028 et de célèbres tournois de chevalerie auxquels participa Guillaume le Maréchal, le « meilleur chevalier du monde » d’après Georges Duby. Durant la même période, le port voisin du Tréport, siège d’une abbaye bénédictine fondée en 1036 par Gilbert de Brionne, comte d’Eu, se développa avec le détournement du cours de la Bresle par Henri Ier, autre comte, au début du XIIe siècle, vers 1101 et, surtout, grâce à la liberté de commerce accordée à tous les navires venant au Tréport et à Eu par Henri II Plantagenêt à la même période.
-La fin du Moyen Âge et les débuts de l’Époque moderne furent plus difficiles : en 1472, Charles le Téméraire prit et mit à sac Aumale n’épargnant même pas l’abbaye31, en 1475, Louis XI, voulant empêcher Édouard IV d’Angleterre de s’emparer du Tréport et de Eu, donna l’ordre d’incendier les deux cités dont seules les églises furent épargnées.

RETOUR  

Other languages available : english dutch